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Dominique
Vivant Denon |
Denon est un personnage extraordinaire, une
sorte de 007 du XVIIIe siècle, mais qui aurait
en même temps les qualités d’un directeur de
musée, un grand talent de dessinateur et d’écrivain...
Jeune
Bourguignon, doté d’une solide culture classique,
il « monte » à Paris à vingt ans. Il
tente de séduire Louis XV en se plaçant chaque
jour dans la galerie de Versailles. Le roi finit
par le remarquer. « Que voulez-vous ? »
lui demande-t-il. Et le jeune Denon de répondre :
« Seulement le bonheur de vous contempler,
Majesté. » Inutile de dire qu’il n’y a pas
meilleure façon de séduire un souverain pour obtenir
un premier job ! Louis XV lui confie sa première
mission : conservateur des pierres gravées
(prémonitoire non ?). Puis ce sera sa première
aventure en tant que ‘diplomate-espion’ à Saint-Pétersbourg,
d’où il se fera finalement expulser après
une sombre affaire qui implique aussi Diderot.
D’abord
proche de Voltaire, il réussit à s’en faire détester à cause
d’un simple dessin qui représente le sage de
Ferney comme un vieillard à l’état physique dégradé… Cette
gravure les brouille mais fait aussi sa notoriété.
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Avec un certain talent, il se construit une carrière
mêlant aventure et passion, et réussit mystérieusement à traverser la monarchie, la Révolution et la Terreur.
Denon qui a toujours rêvé de faire le voyage d’Egypte,
s’est débrouillé pour faire partie de l’expédition
par l’intermédiaire de Joséphine… C’est au
cours de cette aventure que son lien avec Bonaparte
s’est noué. Par la suite, il l’a suivi dans toutes
les batailles européennes, et pendant que les généraux
se battaient, ce « général des arts »
ramassait tableaux, sculptures et pièces de tous
les musées et les palais d’Europe pour fonder le
Musée du Louvre. |
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Pour
en revenir à l’Égypte, on a pu dire avec excès
que l’expédition avait été faite pour ‘les ânes
et les savants’ ; en tout cas la communication
de Denon à l’Institut du Caire où il relatait
sa redécouverte des temples de l’Égypte ancienne,
à la suite de l’expédition de Desaix en Haute-Égypte,
a pu paraître justifier la prétention que cette
expédition militaire et commerciale (qui s’est
révélée un échec) était d’abord l’hommage rendu
par une civilisation à une autre. Le livre que
Denon a publié très vite après son retour a été
un best-seller en France et en Europe.
Après avoir créé le Louvre et participé – avec
culture et discernement – au pillage de l’Europe
pour en nourrir les collections, Denon a résisté à la
tempête de la Restauration, luttant avec talent
pour empêcher que tous les trésors rassemblés
ne soient rembarqués pour leurs destinations
d’origine. Il y a en partie réussi avant d’être
contraint à la démission…
Il s'éteint quai Voltaire, le 27 avril
1825, à la suite d'un refroidissement, devant
son «Gilles» de Watteau acheté pour 300 francs
dans un bric-à-brac de la place du Carrousel.
Sa collection sera dispersée à partir de 1826.
Parmi elle, le masque de Robespierre, le pied
d'une momie égyptienne, un reliquaire renfermant
une dent de Voltaire, des fragments d'os du Cid
et de Chimène, des cheveux d'Agnès Sorel, un
peu de la moustache d'Henri IV, un morceau de
la chemise mortuaire de l'Empereur. Comme un
boulimique, sans jugement ni a priori, Vivant
Denon a collectionné sa vie.
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